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Les incroyables travaux du Marais

Un travail quotidien pour l'entretien du marais. Au XIe siècle, le Marais Poitevin est vaste, les travaux pour l’assécher, colossaux ; les seigneurs locaux s'en désintéressent et offrent ces terres aux moines. Dès lors, avec les abbayes alentours, ils n'auront qu'un objectif : assainir ces marécages, gagner sur l'océan et cultiver. Des siècles plus tard, les hollandais apportent leur savoir faire, et repoussent ces limites, mais aujourd'hui encore, c'est un travail quotidien que de l'entretenir.

Porte d’entrée du Marais Poitevin

LE MARAIS POITEVIN est une immense dépression naturelle qui couvre plus de 100 000 hectares entre, au nord les plaines calcaires de la Vendée, au sud les plateaux de l’Aunis, et à l’ouest la baie de l’Aiguillon s’ouvrant largement sur l’océan.

Cette large cuvette entourée de plateaux calcaires, reçoit le ruissellement de plus de 600 000 hectares de bassin versant.

Abbaye de Maillezais par Le Conseil général de Vendée.

 

FORMATION GEOLOGIQUE

A l’origine, cet espace était une partie du plateau de calcaire jurassique du seuil du Poitou. Lors de la dernière glaciation, 80 000 à 10 000 ans avant Jésus Christ, le niveau des océans baisse entrainant une augmentation du débit des cours d’eau et une importante érosion des sols mettant à jour les formations géologiques qui composent le sous-sol et les plaines côtières. Les formations les plus tendres s’érodent, formant une vaste cuvette tandis que par endroit, certains sols plus durs résistent constituant des buttes calcaires au milieu de cette vaste dépression.

 

Carte Golfe des Pictons à l'époque Romaine

Détail à l’époque romaine
Notez le tracé de la voie romaine

 

10 000 ans avant notre ère, le phénomène s’inverse avec la transgression flandrienne. Le niveau des mers remonte et l’océan envahit cette vaste dépression qui deviendra alors le Golfe des Pictons parsemé de nombreuses îles correspondant aux buttes calcaires qui ont résisté à l’érosion des fleuves. Maillezais est l’une de ces îles ; une presqu’île, reliée au continent par un petit bras de terre.
« Les Pictons » étaient les habitants du Golfe des Pictons, ils s’étaient installés à l’époque gallo romaine sur son pourtour, y vivant de chasse et de pêche.
Mais le golfe se comble peu à peu à force de dépôt de sédiments marins et d’alluvions fluviatiles.
500 ans avant notre ère, toute une partie du golfe est déjà partiellement comblée et envasée constituant un immense marécage qui progresse siècle après siècle avec le remblaiement actif des rivières et l’influence des courants marins.

L’origine du peuplement du marais est très ancienne. Les découvertes archéologiques à proximité de Maillezais attestent de cette occupation à l’époque néolithique : silex, os taillés, haches et outils de bronze, poteries celtiques puis romaines… ces peuplades entreront dans l’histoire sous l’occupation romaine.

En 52, 8000 Pictons se portent au secours de Vercingétorix luttant contre César.
En 412, des Scytes venus du sud de la Russie s’établissent dans ces marécages, ils donneront naissance aux Colliberts.
Colliberts, littéralement « hommes libres du col, du collier, de la tête », population de pêcheurs affranchis qui ont le culte des éléments naturels les entourant et notamment celui de la pluie.

Vers 540 Saint Piens, Evêque de Poitiers évangélise la contrée, c’est le début du Christianisme qui trouvera plus tard son développement dans l’implantation de l’Abbaye de Maillezais.
En 885, les Normands envahissent l’île de Maillezais et la pillent, ils massacrent les Colliberts. Les Normands reviendront en 958 puis disparaitront complètement à la fin du Xe siècle.


LES MOINES DE MAILLEZAIS ACTEURS DES GRANDS TRAVAUX

La fondation de l’Abbaye St Pierre de Maillezais en 1003 laissera pour toujours l’empreinte des Bénédictins sur ce paysage insalubre. Ces terres marécageuses n’intéressant pas les seigneurs et les Ducs d’Aquitaine propriétaires de l’île de Maillezais, elles seront offertes aux abbayes.
Les habitants de Maillezais et de l’ensemble de la région se lanceront alors activement dans l’assèchement des marécages sous la conduite des Bénédictins de l’Abbaye de Maillezais, mais aussi des abbayes de St Michel-en-l’Herm, L’Absie, Nieul-sur-l’Autise, Luçon, St Maixent…

L’objectif : assainir ce territoire, mais aussi gagner des terres cultivables sur toute cette étendue marécageuse inculte et source de maladies, mettre ces terres en culture, récolter des céréales pour nourrir les populations. La partie la plus proche de l’océan permettra la construction de marais salants source de revenus considérables pour les abbayes.

Les moines de l’abbaye de Maillezais dirigeront les travaux de construction de digues en front de mer, puis de digues intérieures pour canaliser les eaux qui ruissellent du bassin versant et les guider jusqu’à l’embouchure où leur ingénieux système de « portes à la mer » permettra d’évacuer les eaux intérieures à marée basse tandis qu’à marée haute, une fois les portes refermées, les eaux seront temporairement retenues entre les digues dans la partie du marais laissée pour compte et servant de tampon en attente de la prochaine baisse de marée.

A l’extérieur des digues, de nombreux canaux seront creusés et les terres asséchées, toutes ces zones protégées des crues de ruissellement pourront alors être mises en culture de céréales ou exploitées pour l’élevage.
Nous sommes alors à la fin du XIIIe siècle, entre les digues, le marais de Maillezais participe encore à l’expansion des crues d’hiver, il ressemble encore à un marécage sujet à de longues crues hivernales.

Les portes à la mer

« Les portes à la mer » ou portes à flots

 


L’ABANDON

Les guerres de cent ans, puis les guerres de religions seront bien trop longues pour ce territoire fragile et qui demande un entretien permanent.
A Maillezais, les deux camps se disputent l’abbaye qui, par son emplacement stratégique est devenue forteresse. Sully, Catherine de Médicis, Agrippa d’Aubigné se partageront à tour de rôle la place vidée de ses moines et de son évêque partis se réfugier à Fontenay-le-Comte.
Les stigmates des batailles qui se déroulèrent à cette époque à Maillezais sont encore visibles aujourd’hui sur les murs de la grande cathédrale de Maillezais.
Au sortir des guerres de religions, l’abbaye de Maillezais n’est que ruines, et le marais qui l’entoure est presque retourné à son état d’origine. Les digues sont rompues, les canaux atterrés, les marais desséchés sont de nouveaux envahis par les eaux en hiver, tout est à refaire.

 

Abbaye de Maillezais

 


HENRY IV ET LES HOLLANDAIS

Henri de Navarre, connaît parfaitement cette région, y a vécu. Amoureux de l’Aunis et de la Saintonge, il est passé maintes fois par Maillezais, Luçon, Niort, Fontenay-le-Comte, Surgères, La Rochelle, Marans… A chacun de ses passages, il est séduit par ces paysages de marais et par les hommes qui y vivent.
Pour lutter contre la famine qui règne et contre les maladies qui empoisonnent le royaume, devenu Henri IV, Roi de France, il décide de relancer l’assèchement des grands marais de France. Mais au sortir des guerres, seigneurs et abbayes sont ruinés. Henry IV va devoir trouver d’autres investisseurs. Il va se tourner vers les Flamands et Hollandais qui viendront travailler à la réalisation de ses projets et assainir les marais de France. C’est Humphrey Bradley, un ingénieur Hollandais, qui dirigera ces grands travaux. Il sera nommé Grand maître des digues du royaume.

Les contraintes restent les mêmes qu’à l’époque des moines, se protéger à tous prix des eaux en provenance du bassin versant et favoriser l’évacuation à la mer pour permettre la mise en culture de céréales sur de grands espaces gagnés sur les marais. Les travaux commenceront donc par la reconstruction de digues sur le littoral pour protéger de l’envahissement des marées, on creuse des canaux pour faciliter l’écoulement des eaux de ruissellement à marée basse. On reconstitue les marais desséchés cultivables au détriment des zones tampons inondables entourées de digues « accompagnant » les eaux de ruissellement vers l’embouchure. Avec l’avancée des travaux, les cultures et l’élevage reprennent dans les marais desséchés, tandis que les marais mouillés restent inondés presque toute l’année et servent de réserve d’eau pour les habitants des marais desséchés en été pour l’irrigation des cultures.


L’AMÉNAGEMENT DES MARAIS MOUILLES

C’est Napoléon 1er qui en 1808 prendra un décret d’aménagement de la Sèvre Niortaise qui va déclencher les grands travaux d’assèchement des marais mouillés.
Ces travaux vont durer tout au long du XIXe siècle et jusqu’au début du XXe. Un réseau d’une incroyable densité est alors creusé, pour favoriser le drainage des terres. Les petits canaux s’évacuent dans les conches qui s’évacuent elles-mêmes vers les rigoles. Les rivières qui serpentent dans les marais mouillés sont canalisées en grands canaux le plus droit possible pour favoriser l’évacuation des eaux en direction de la mer et ainsi libérer les terres plus rapidement des crues.
Les variations de niveaux contribuent à la fragilisation des berges, il va falloir planter des arbres pour les consolider. Des alignements de frênes, aulnes, saules vont alors voir le jour en bordure de chaque fossé, de chaque canal.
Le peuplier, originaire d’Amérique du Nord, de Caroline et de Virginie sera importé et lui aussi planté en très grand nombre dans les parcelles du marais mouillé. Gros consommateur d’eau il contribuera à l’assainissement des terrains.

L’efficacité est telle que les aménageurs seront très vite contraints de travailler à retenir les eaux pour éviter la sécheresse en été et conserver le rôle de réserve d’eau que constituent les marais mouillés pour les marais desséchés à partir du printemps. Des barrages équipés d’écluses seront construits permettant de garder de l’eau en été et de préserver la navigation.
Les parcelles ainsi asséchées seront exploitées pour l’élevage et pour les jardins. Les crues d’hiver étant impossibles à maitriser, les maraîchins ne pourront que se contenter de favoriser l’évacuation et gérer au mieux les niveaux d’été.
Ils réserveront ces terres à l’élevage et aux cultures maraîchères dîtes « courtes », semant au printemps et récoltant durant l’été. La vie dans ces marais mouillés est dure, les habitants son tributaires des eaux qui montent l’hiver jusqu’au pas de la porte et quelquefois jusque dans les maisons. Les exploitations sont petites, tous les déplacements ne s’effectuent qu’en barque. On transporte les vaches, le fourrage, le bois en barque, le laitier passe en barque, les enfants vont à l’école en barque, les mariages, comme les sépultures se déroulent en barque.

 

transport-du-betail

 


PAS RICHE MAIS BEN AISE

La vie dans le marais de Maillezais et dans l’ensemble des marais mouillés est faite d’élevage, mais aussi de chasse et de pêche. Nombreux sont les maraîchins qui ont la chance d’être propriétaires de leur petite parcelle de terre. Les vaches maraîchines sont adaptées au milieu, rustiques, résistantes. La terre est riche en matières organiques, tous les limons déposés par la crue d’hiver la rendent très fertile. La culture des « mottes » à partir du printemps permettra de récolter de beaux et bons légumes que l’on consommera l’été. Le produit de la pêche et la chasse nourrit les familles du marais presque toute l’année. Mais surtout, tout l’excédent : mogettes, fèves, anguilles, poissons, gibiers, pissenlits… seront vendus aux acheteurs de passage qui revendent eux-mêmes sur les foires et dans les restaurants des grandes villes.
Eleveur, agriculteur, le maraîchin est aussi suivant les saisons : chasseur dans le marais en barque ou dans les plaines environnantes à pied et pêcheur utilisant toute une collection « d’engins de pêche » adaptés aux situations, aux saisons ou aux lieux. Il est aussi vannier et confectionne ses nasses et ramande ses filets durant l’hiver.
Pour mettre sa famille à l’abri du froid, l’homme du marais mouillé devient aussi bûcheron, il élague, étête, ébranche les « cosses » de frêne, conservant le bois pour le chauffage et contribuant surtout à l’entretien et la conservation des berges.

Les arbres sont ainsi élagués tous les 7 à 10 ans. Ce travail les protège du déracinement par le vent. Plantés dans le bris ils seraient fragiles, mais ces coupes régulières limitent la prise au vent et stimulent la poussée de leurs racines contribuant ainsi au chaînage des berges.
Si la vie est effectivement dure dans le marais mouillé, elle reste bien plus facile que dans le bocage vendéen par exemple, où les fermiers doivent « gratter » très dur la terre pour en tirer un maigre revenu qu’ils doivent bien souvent partager avec les propriétaires.
Ici, les conditions de vie sont difficiles, l’eau est partout, on vit dans le brouillard l’hiver, les pieds dans l’eau pendant six à huit mois de l’année, cette eau qui vient jusqu’au pas de la porte, rentre quelquefois dans les maisons, cette eau qui depuis toujours oblige les maraîchins à se lever la nuit pour renforcer les digues et éviter le débordement. Les canaux à entretenir, curer, vider, les déplacements qui ne peuvent se faire qu’en « batais », tous ces allers-retours en barque dans le marais, au bois, au foin, à la traite… Tout est compliqué ici…
Mais la nature est généreuse. Poissons, gibiers, cultures d’été productives faciles à revendre, bois de chauffage en quantité, dans le marais mouillé on ne souffre ni de la faim ni du froid.

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